? L’aide fatale ? est un essai, et à ce titre forcément engagé. L’auteure y défend une nouvelle politique de développement pour l’Afrique en dehors de l’aide classique. Le livre est agressif dans le bon sens du terme, qui énumère et souligne les raisons qui ont conduit à la situation actuelle.
A en croire Dambisa (on va l’appeler par son prénom, elle a quand même l’age d’être au minimum ma grande s?ur), la donne, aujourd’hui, en Afrique, ni tout à fait noire ni toute blanche. Certains pays connaissent des améliorations (baisse de la corruption dans des pays comme le Ghana et le Nigéria, ce qui est bon pour les investissements), la liquidité des marchés africains – pour les novices en finance, la liquidité est la facilité pour un investisseur d’acheter et vendre des actions – est en progression, et le taux de contamination par le Sida est recul au Kenya par exemple (15% en 2001, 6% en 2006).
Ce sont là des améliorations qui ne suffisent pas à inverser une réalité plus globale. ? L’aide ne marche pas. ? Malgré des milliards et des milliards, les pays africains connaissent une dégradation plus qu’une amélioration : niveau d’alphabétisation inférieure à celui du début des années 80, des pays se retrouvent plus pauvre qu’ils ne l’étaient au moment de leur indépendance… ? Wech ! C’est quoi ce délire !? ? diraient, révoltés, certains de mes amis. Mais gardons la tête froide.
Pour parler de l’aide injectée dans les veines de l’Afrique par les Occidentaux, l’auteure ne se limite pas à un cadre purement africain, évitant ainsi de s’enfermer dans un prêche panafricain qui risquerait de verser dans une sorte d’ethnocentrisme exacerbé. On remonte donc au plan Marshall. Celui-ci ayant plut?t bien fonctionné, les Occidentaux se dirent : ? Pourquoi pas l’Afrique ? ? Les années 1950-1960 sont celles de la décolonisation de décolonisation : ? Il est impossible de savoir avec certitude quelles furent les motivations réelles de l’octroi à l’Afrique de l’aide internationale ?, écrit Dambisa. A partir de là, le continent africain ne cessa de décliner. ? L’aide de prestige ?, strass et paillettes apportée via les Clooney et Bono n’y changea rien.Bon, la famille, on fait quoi, alors ? On continue à se trémousser sur le tarmac à l’arrivée des présidents occidentaux venant rendre visite à leurs poulains ? Cela arrangerait certains, mais pas Dambisa, qui propose ici un manuel que l’on pourrait intituler ? De la bonne gouvernance en Afrique ? ou encore, ? De la providence en Afrique ?…
La mise en place d’institutions fortes, source de l’Etat de droit et surtout de croissance, est au c?ur du livre. Aujourd’hui, les institutions sont souvent soumises à un président tout à la fois dictateur, avare avec le peuple et par-dessus le marché ? capricieux ?. Dambisa plaide pour une ouverture de l’Afrique au capital et au marché. L’auteure a travaillé à la Banque mondiale et dans la célèbre boite spécialiste de la finance, Goldman Sachs. Ouverture via l’émission d’obligations dans le but d’attirer les investissements directs à l’étranger, préconise Dambisa.
Les Etats africains pourraient par ce biais mettre l’accent sur le commerce afin de passer de la condition de pays agricoles et exportateurs de matières premières à l’échelon de pays manufacturiers. Chose que les Tigres et Dragons d’Asie du Sud-Est sont en train de faire dans certains, non sans une dose d’autoritarisme bienveillant.
La micro-finance est une autre mesure à appliquer. Ce secteur est en plein boum, il est censé profiter aux pauvres (bourses octroyées à des étudiants, qui représentent le futur des pays émergents). C’est là un moyen d’encourager l’entreprenariat, et ce système s’imbrique semble-t-il très bien dans l’économie de certains villages, où un petit groupe peut aider à développer la vie des autres.
Nous avons vu que l’investissement était primordial pour développer ces pays et apporter des points de croissance en plus. L’auteure indique que l’investissement a baissé de 1% sur le continent africain par rapport à il y 10 ans en arrière. C’est d? à de nombreux obstacles, avance Dambisa : l’obtention de licences d’exploitation, par exemple, demande de très longues démarches qui dissuadent les investisseurs.
En même temps, l’intérêt chinois pour l’Afrique est réel, en témoigne le sommet Chine-Afrique de 2006 où la Chine a réaffirmé la place majeure qu’elle compte prendre dans l’avenir du continent africain : l’Angola est devenu le premier fournisseur de pétrole de la Chine, détr?nant l’Arabie Saoudite ; en 2004, la Chine a déboursé 900 millions de dollars sur les 15 milliards qu’a re?us le continent en investissements. Il faut donc faire avec les ? alliés chinois ?.
Certes, la Chine met en avant une diplomatie amicale et soucieuse en apparence du devenir africain. L’Afrique s’est fait coloniser par des Européens qui pr?naient de bons sentiments emprunts de ? charité ? chrétienne. Mais ces bonnes intentions de fa?ades cachaient un projet avilissant : pillage des ressources, divisions entre les peuples…
Et maintenant, la Chine ! La concurrence chinoise crée des emplois mais tue de l’emploi local. Au Cameroun, des sociétés fabriquant des claquettes ont sévèrement touchées les tycoons chinois. L’artisanat aussi est atteint. Exemple : des statues taillées dans le bois, symboles de l’art négrier (qu’on retrouve aux puces de Montreuil), estampillées ? Made in China ?.
? L’aide fatale ? est au final un ensemble d’analyses et de propositions qui méritent qu’on y prête attention. Plusieurs points historiques et économiques non mentionnés ici, y sont abordés de manière très simple et rigoureuse à la fois. Les pistes ouvertes par cette femme, dipl?mée en économie à Oxford et Harvard, devraient être portées à la connaissance des dirigeants africains et occidentaux, non pas pour leur expliquer que l’aide ne marche pas – ils le savent déjà –, mais plut?t pour leur mettre un coup de pression bien placé : ? Vous avez gaté le coin bande de gaou, et on vous a grillé ! Mettez-vous au boulot ou bien il va y avoir draaaaaa* ! ?
Aladine Zaiane
*Pour les non initiés, voici une version plus compréhensible : ? Vous avez ruiné le continent bande de coquins, et on est au courant de votre petit manège. Mettez vous au travail, sinon il y aura avoir de la casse. ?
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