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Friday, April 1, 2011

Avril 2008, un avion décolle pour Ouagadougou. Sans moi

? Tu ne peux pas avoir une scolarité normale. ? ? Si elle vient, je n’irai pas. ? ? Qu’elle appelle la HALDE pendant qu’on y est ! ? Ces phrases retentissent encore dans ma tête. Cela fait pourtant des mois qu’elles ont été prononcées. Et alors je me souviens. Je revois la rentrée scolaire, en septembre 2008. C’est ma première année au lycée Auguste Blanqui de Saint-Ouen. Une rentrée excitante car le bruit court qu’un voyage est prévu à Broadway ! Quelques semaines plus tard, la nouvelle tombe : il y aura bien un voyage, mais pour le Burkina Faso. Le désenchantement lié au changement de destination est vite oublié lorsqu’il s’avère que ce voyage n’est pas comme les autres.

Nous, les élèves de seconde, allons non seulement découvrir un autre continent et sa culture, mais aussi récupérer du matériel informatique pour équiper le lycée Song Taba à Ouagadougou. Nous allons collecter des vêtements pour des femmes et des enfants, nous irons à la rencontre de femmes séropositives et, cerise sur le gateau, rédiger un journal et fabriquer des POM, c’est-à-dire des ? petits objets multimédia ?. En un mot : le rêve, mon rêve à moi qui veux faire de l’humanitaire et devenir journaliste !

En février vient la première réunion. Je suis présente, les yeux brillants comme tous mes petits camarades. On nous détaille le projet, les financements sont là, on parle un peu paperasse et le prof tente de rassurer certains parents inquiets à propos des différentes maladies présentes au Burkina. Tout se passe à merveille jusqu’au moment où je vais voir le prof d’histoire-géo pour lui poser une petite question. A la réflexion, je n’aurais jamais d? la poser, mais comme dit un fameux rappeur du 92 : ? Pas le temps pour les regrets, nos erreurs n’appartiennent qu’à nous-mêmes. ?

? Monsieur, je voulais savoir, pour mon voile, y’a pas de souci à ce sujet ? ? Il répond que ?a va être difficile, mais qu’on peut toujours s’arranger. C’est alors que s’interpose Monsieur C, prof de SVT (sciences de la vie et de la terre), qui me lance en pleine figure : ? Non, je te le dis clairement, ce n’est pas possible, on ne peut pas discuter sur ce sujet. ? Je ne sais pas si ce sont ses propos qui m’ont glacée le sang ou le ton méprisant et plein de ranc?ur avec lequel il s’est exprimé. Peut-être les deux. A partir de ce moment, tout s’est joué dans ma tête. Je n’irai pas au Burkina, malgré tout ce que je suis et tout ce à quoi j’aspire. Tant pis. Mais apparemment, tel n’était pas l’avis de mes professeurs.

Quelques jours après cette fameuse réunion, mon professeur de mathématiques m’appelle pour me dire qu’il va y avoir une réunion pour parler de mon cas. Je m’en rappelle encore, c’était un lundi, j’avais rendez-vous à 13 heures et je me suis dépêchée de manger. Je rentre dans la salle, je m’attends à voir le prof de maths, mais je me retrouve face à quatre personnes : le prof de maths, d’histoire, de SVT et ma CPE. J’ai eu le sentiment de me retrouver devant un tribunal, et ce fut en effet le cas. Une pluie de jugements m’est tombée dessus, et ce dilemme, comme une épée de Damoclès sur ma tête : le Burkina ou le foulard ?

On m’a reconnu le droit à porter un bandeau, et encore, pas toujours. En un mot, le délire. Plus la conversation se prolongeait et plus mon corps se crispait. Je me suis sentie comme une proie entourée de loups. Aucune issue, chacun de son c?té cherchant le moyen de me convaincre. J’ai perdu d’un coup mon sang-froid et j’ai laché : ? ?a ne sert à rien de polémiquer, je ne compte pas y aller. ?

La CPE a répondu que je ne pouvais de toute fa?on pas avoir de scolarité comme les autres élèves, et que je m’isolais avec mon foulard. Qu’à cause de lui, je ratais beaucoup de choses dans la vie. Que je ne savais pas la chance que j’avais de participer à un voyage comme celui-là. Je savais surtout que cette pression devait aboutir, pour que le rapport du projet des classes expérimentales soit rendu à Sciences-Po, qui finance avec des partenaires privés les différents projets du lycée. J’étais déterminée, j’allais tenir tête, je n’allais pas me plier à leurs conditions que je considérais discriminantes.

J’avais décidé d’affirmer mon identité en portant le voile, je n’allais pas l’enlever pour des prétextes futiles et des pressions. Mon voile fait partie de moi, ce n’est pas un vulgaire tissu pour cacher ma crinière, mais c’est ma fa?on de voir la vie, pour moi ce n’est pas seulement une pudeur physique, mais bien plus. Depuis le jour où j’ai décidé de le mettre, je ne suis plus la même. J’ai redécouvert une religion loin des clichés et des traditions et c’est seulement moi qui l’ai décidé, personne d’autre. C’est mon choix, ma liberté.

Je suis ressortie la tête gonflée et le c?ur blessé. J’étais blessée. L’incompréhension planait dans mon esprit, et là j’ai pleuré devant mes camarades, c’était trop. Ma vie au lycée était devenue un enfer. Tout le monde parlait de moi. Le proviseur, Monsieur T., semblait savourer le privilège d’avoir fait de moi sa tête de Turc. La pression à propos de mon foulard, qui était déjà présente avant qu’il ne soit question de ce voyage, n’a fait que de s’accentuer. L’ambiance était pesante, le moindre bout de tissu me donnait le droit à un contr?le, je me rappelle encore la voix du proviseur : ? Vous m’enlever ?a ! ?, comme si c’était une maladie, en me tapotant sur la tête. Le cauchemar quotidien.

Malgré tout, j’ai voulu participer au voyage. A ma fa?on. Le jour de la collecte des vêtements, j’ai ramené autant de sacs que j’ai pu. Sauf que cela n’a pas fait avancer ma cause. Ce lundi matin, quelques semaines avant le voyage, je suis entrée dans la cour du lycée chargée de sacs, mais sans enlever mon bandeau. La CPE m’a dit sèchement qu’il était trop long, d’après elle. Mais ce n’était même pas un foulard. On en venait à compter les centimètres !

La même semaine, le proviseur est intervenu pour m’expulser du lycée, alors que je ne venais pas pour mes cours mais pour donner un coup de main à ceux qui faisaient les cartons. ? On n’a pas besoin de toi ?, m’a dit mon prof d’histoire. La fissure, le fossé entre le reste de ma classe et moi s’était installé et c’est à moi qu’on reprochait de m’isoler…

Je suis repartie en rasant les murs, le moral dans les chaussettes. J’avais besoin de parler à quelqu’un et je suis allée raconter toutes mes mésaventures à ma mère, ma mère protectrice. Mais voilà qu’elle commence à paniquer et me reproche de m’être précipitée en ce qui concerne le voile, en me disant que j’aurais d? attendre d’avoir mon bac, oui, car pour ma mère, l’école c’est sacrée étant donné qu’elle est analphabète.

L’isolement, j’allais le vivre jusqu’à la fin de l’année. Vu les échecs accumulés les précédents trimestres, cela a été une tentative de ? suicide scolaire ?. Je n’ai rendu aucun devoir, j’ai cessé de participer aux cours. Durant tout un trimestre, j’étais juste une silhouette renfermée sur elle-même, perchée sur une chaise au fond de la classe, en train de dessiner.

Durant le voyage, je suis restée cloitrée chez moi, sept jours sur sept, 24 heures sur 24 à regarder des films indiens idiots et à chialer pour un oui, pour un non. La solitude me pesait, jamais je ne m’étais sentie aussi seule, aussi incomprise. Je me souviens avoir parlé avec mes camarades sur MSN, ils me racontaient ce qu’ils faisaient. Ils ont parlé de moi là-bas avec une jeune lycéenne du lycée Song Taba, qui portait également le voile et qui, à la différence de moi, pouvait le garder à l’école après un arrangement avec le directeur.

Vint le temps des retrouvailles. On me raconte en détails, on me montre des photos, des POM ; je regarde tout avec un sentiment de tristesse. C’est un nouveau choc pour moi, car l’exclusion que j’ai subie est rendue évidente par ces photos dont je suis absente, ces POM où je n’apparais pas.

Arrive la fin de l’année et le redoublement qu’on me propose, en rapport avec mes notes chaotiques. Je demande aussi à changer d’établissement, si possible pour aller au lycée Jacques Brel de La Courneuve. Quelques jours plus tard, j’apprends que ma CPE a tenté de m’envoyer plut?t à Henry Wallon, à Aubervilliers, un lycée à la réputation qui laisse à désirer. J’ai réussi à rectifier le tir.

Quelques jours avant les vacances a eu lieu la fête organisée pour présenter le travail effectué par mes camarades à Ouagadougou. Le reste de la classe insiste pour que je vienne mais je ne peux pas, c’est trop dur. J’ai pourtant appris que ce jour-là, on a encore parlé de moi. Certains regrets ont été exprimés. ? Sur ce coup-là, on a merdé ?, aurait dit mon prof de maths.

Cette expérience, aussi douloureuse qu’elle fut, m’a tout de même beaucoup apporté. J’ai beaucoup changé depuis, j’ai grandi. Cette année, un voyage est prévu à Rome. Espérons que cette fois-ci, je serai dans l’avion.


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